A l'envi.

A l'envi.
La chaleur trublionne se joue de mes longs manteaux. Elle descend et s'épanche non sans panache, un son suintant d'une symphonie de Ludwig van, où les mélodies se ploient sous l'autorité de l'insonorité et font vibrer mes pores. Les accoudoirs m'ont fait poser ma peine, et sous la lourdeur de l'à-vivre, la fadeur s'en est allée. L'optimiste est ignorant, sans doute, mais il est parfois bon d'être ignorant. De s'enfermer dans un cloître doré et téter la lumière au sein sans se soucier de sa source. Les gens passent, mornes facades. Un lot de monotonie affichée afflige les rieurs et encombre les passants. Serai-je une sorte de Rose Poussière, né sous une autre aurore et diluant les restes d'un passé dans la lueur des soirs? Que dirait une bouche vivante et des yeux pleins d'enfers? Ils diraient: Embrasse-moi.

# Posté le mercredi 04 novembre 2009 07:36

Pauvres caniches

Bien que les volets demeurent entr'ouverts, les chats autour n'osaient plus miauler dans la carrée, ni le bruissement d'un élytre ne venait flotter dans l'air qu'ils respiraient. Les enclos dans lesquels roupillaient les clodos avaient meilleure presse que belle allure. Les murs étaient jaunis, si on raclait le mur du bout de l'ongle la peinture s'effritait et les radiateurs montraient bien que leur matricule avait pris cher. Les sacs donnaient une odeur à dégobiller, des fatras de haillons pourrissants, de linge aux motifs aussi surannés qu'éculés et quelques objets crasseux dont eux seuls connaissaient l'intérêt. Ces capharnaüms sombres étaient l'une des composantes de leur mémoire de vie, la consistance de leur malheur. Les hommes de grandes naissances écrivaient leur vie à la phrase enjolivée et se plaisaient à parler précieux, il se pâmait d'avoir le verbe adéquat, l'adjectif juste et la tournure fardée jusqu'à l'étouffement. Mais les souillons, eux, se contentent d'amasser les objets de diverses natures étagés pêle-mêle dans leurs ramassis insoupçonnés. Ceux-là ne voulaient jamais les lâcher, pas même à l'intendance qui n'y aurait pas jeté un doigt, alors taper dedans... Ils n'aimaient pas préposer quelqu'un à la charge de leur résidu de vie, pas même les blouses blanches... Il y avait bien les casiers, mais ils étaient aussi mal considérés que le personnel. Chaque pensionnaire pensait que son voisin y déposait son lot de laideur. Il y avait la lourdeur de ses journées passées sur le pavé, leurs guenilles ne pesaient pas si lourd, mais le turbin de la pitié, ça pesait quelque chose... C'était l'unique part de mystère de leurs vies dénudées où tout besoin de pudeur se doit d'être justifié, leur nudité ne leur appartient plus. Les volets claquaient avec le vent, et laissaient deviner la température extérieure, dix degrés tout au plus, et la lumière forte des lampadaires venait se barioler dans l'entrebâillement des battants. Lui avait été réveillé par les rejets divers de son camarade du haut, les restes de vins et de pot-au-feu fraîchement consommés dont son estomac se désemplissait. Mais le relent de la mixture lui avait passé l'envie d'en distinguer le ragoûtant. Ca puait le raisin pourri, la barbaque, déchue de sa forme première lui filait la gerbe et le jus qui baignait la fricassée purulente lui pesait sur et dans le c½ur. L'appel d'un surveillant faillit provoquer un tolet si le rond-de-cuir n'avait pas accouru illico dans la cambuse. Ces lits superposés, quelle connerie...Les armatures des plumards étaient faites de métal mince, assemblées par quelques vis et peintes très sommairement. Elles coûtaient la même sympathie que des lits de prison. Au moindre mouvement du lit du haut, le plumard se mettait à crisser horriblement, ce qui électrifiait le reste de la turne. Les corps des rues étaient très souvent tatoués, comme la rue elle-même. Les clochards essayaient de faire vivre un temps soit peu leur corps, ne serait-ce que par l'image. Un loup sur un avant-bras flétri, une femme éployée sur un torse qui avait oublié les caresses, des initiales timides, des prénoms ornaient parfois leurs restes avariés. Ces morceaux de peau devenaient des fresques, leur enveloppe charnelle devenait un mur que l'on badigeonnait d'encre pour y tracer leurs vies. Des ronflements semblaient venir de parties étonnantes de leur corps, une symphonie de rosses qui décuvent, la mélodie en dos miné. Les gorges se raclaient pendant que les autres respiraient trop généreusement. Les draps étaient si insignifiants que le froid ne tarderait pas à choir sur les literies fines. Et ce n'est pas la couverture légère qui y changera quoi que ce soit. Par moments, si l'on s'agitait, les membres s'échauffaient quelques secondes, mais si on s'agitait trop, l'ensommeillé du dessus poussait une gueulante. Se cailler ou se cogner, une bien douloureuse aporie. Pendant la nuit, il avait nourri l'espoir de souffler dehors, lui et son manteau, loin de ces carnes. Mais la crainte d'écraser les mains de quelques pesteux à terre, et de se faire saisir par le froid l'avait convaincue de ne pas se dénicher malgré les excitations incessantes de ses narines molles, prêtes à exploser. Pas loin, çay allait à toute biture, les commerçants et autres restaurateurs faisaient leurs emplettes pour le service du jour. Il sentait l'odeur lointaine des saisons se trimballer dans les cagettes. Les doudounes se bousculaient, avec un ciel cendreux pour seul témoin. Ca piétinait d'un côté tandis que le bruissement que provoquaient les ronfleurs avait gagné la pièce. Le monde du travail contre celui du turbin, tout contre. Lui portait un pull de laine menue et un vieux pantalon de velours râpeux qui taillait trop large, maintenu par une corde de chanvre. Son long manteau couvrait tout ce barda rapiécé et lui donnait même un air empesé! Ses cheveux assez longs, mal coupés, dépeignés et blonds ne l'aidaient pas à s'affirmer. Sa peau blanchâtre comptait quelques taches de rousseur et tirait sur les muscles saillants. Ses yeux peu courbés cachent des yeux clairs, surplombés par de gros sourcils effeuillés. Son front raviné marquait l'horizon, en arrière, en direction de l'âge d'or. Sa bobine s'était amaigrie avec les années et les litres, ses joues semblaient dégrossies, ses pommettes en gardaient les traces. Sa bouche peu épaisse ressortait à peine de ce fouillis quasi-incolore. Ses dents peu gâtées lui donnaient un sourire encore potable . Ses oreilles étaient proportionnées au reste de la binette et n'en dénotaient pas la maigreur. Il restait plaisant à regarder, ce type un peu pusillanime, un brin moutard et un grain con.
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# Posté le lundi 07 septembre 2009 20:27

Modifié le mardi 10 novembre 2009 13:49

Blog philo

Je l'avais laissé au temps qui me manquait, mais c'est désormais chose faite. J'ai posté le premier article sur ce blog philo.

www.frederic-lacroutz.blogspot.com

Voilà.
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# Posté le mercredi 22 juillet 2009 09:20

Il suffit.

La belle saison qu'ils l'appelaient. Les désirs sous une chappe de plomb tombent à la lueur d'un feu crépitant dans ma tête. Qu'ai-je fait pour mériter de le vouloir, cet horizon grassouillet où fleurtent les amants interdits, cette déliquescence imminente, produit de l'air doux qui dissout nos deux corps. Le malt coulant dans ma gorge, rafraîchi par quelques glaçons, car ils seront bien les seuls îlots à flotter encore dans cette mare d'ivresse. Elle me plait même vêtue de cette robe charbonneuse, ces deux perles charbonnées aussi peu prudes qu'une chartreuse et son Nemours. Dois-je me promener en sa compagnie? Le pavé se fait rude sous mes pas, ma trombine se fait de plus en plus ramassée et mes mains se moitissent sans leste. Ses flûtes affûtées à satiété m'exercent sans y songer, electriques, elles attisent de virevoltants feux sans même y réflechir. Grenade la voilà, Carthage, voilà ta Didon. Qui m'eut dit que ce corps me tirerait tant de questions? Qui aurait pu avoir cette clairvoyance? La belle saison qu'ils disaient, je l'aurais croquée sans lâcher les incisives, j'aurais léché le nectar de ce fruit juteux. Un animal, voilà ce que je suis.
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# Posté le mardi 14 juillet 2009 20:11

Un extrait d'Orange mécanique de Kubrick.

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# Posté le lundi 06 juillet 2009 14:32